Publié le mardi 12 juillet
Interview de M. RENOU
Gérant
Ce mois ci, nous avons voulu réfléchir à la question des transmissions d'entreprises industrielles. A ce jour, une proportion importante est dirigée par une personne de plus de 55 ans. Par ailleurs, 60% d’entre elles affirment rencontrer des difficultés pour gérer leur départ et indiquent que 3 facteurs principaux sont à l’origine de leurs soucis:
- la recherche d’un repreneur,
- l’évaluation de ses capacités,
- l’estimation financière de l’entreprise.
Pour le moins inquiétant, ce passage de témoin peut être toutefois vécu de façon positive s’il s’accompagne d’une période de transition et d’un dialogue entre cédant et repreneur. C’est sous un éclairage résolument positif que nous traiterons ce sujet à la suite de notre rencontre de Charles Renou, repreneur de la société OMG.
Qui a dit que le secteur de la mécanique vivait un passage difficile ?
Certainement pas Charles Renou qui a fait le choix de reprendre le 28 mai 2004 une entreprise de mécanique générale et d’intégrer ce secteur d’activité qui a fait la fierté du bassin stéphanois.
A COMM T : Monsieur Renou, vous n’avez certainement pas fait cette démarche à la légère. Avant de nous expliquer quelles sont les raisons principales qui vont ont poussé à reprendre cette entreprise, pourriez vous faire un rapide retour en arrière sur votre cursus ?
M. Renou, OMG : Vous allez être étonné mais je suis d’origine angevine et non pas stéphanoise ! Mon enfance s’est déroulée au rythme et suivant les exigences du milieu commerçant dans lequel mes parents ont toujours baigné. Ils ont tenu de nombreuses stations service, parfois plusieurs en même temps et à cette époque, on servait le client. C’est dire, si la notion de service au sens généreux du terme, m’est naturelle et familière. Après un bac pro en mécanique outillage, j’ai décidé de rejoindre le compagnonnage en tant que stagiaire. Ceci m’a amené à découvrir différentes façons de travailler, d’une entreprise à l’autre, d’un pays à l’autre. A la fin de mon parcours, j’ai assuré pendant 2 ans, la formation des apprentis au centre des compagnons à quelques kilomètres de l’endroit où se situent les locaux d’OMG. Ces années là ont profondément marqué ma vision de mon métier et de mes relations avec les autres. Autant que les techniques de travail, ce sont les valeurs fondamentales de transmission, d’initiation … que j’ai retenues. Dès cette époque, j’avais déjà des contacts réguliers avec mon cédant. En 2000, j’ai rejoint une entreprise spécialisées dans les moules de fonderie, puis ai été embauché chez OMG en septembre 2003
A COMM T : vous voulez dire, qu’à partir de 2003, vous avez commencé à réfléchir à la reprise de la société ?
M. Renou, OMG : En fait, cela a commencé bien avant, dès mon premier contrat chez OMG, en tant que saisonnier ! Au départ, le sujet était abordé sous forme de boutades et puis il est devenu sérieux quand, en plus de la maîtrise de l’aspect technique, j’ai eu une meilleure connaissance des clients de la société. Vous voyez que c’est un projet que nous avons mûri ensemble sans aucune précipitation. C’est probablement ce qui fait que mon cédant, comme moi, l’avons bien vécu.
OMG est une entreprise de mécanique générale qui travaille à 70% en sous-traitance pour la réalisation de pièces de maintenance et à 30% en fabrication de mèches destinés au secteur médical. Ce sont deux activités tout à fait différentes. Fournir des pièces de rechange signifie avoir un sens du service et une réactivité à toute épreuve. Bien souvent, on nous appelle et nous réalisons la pièce dans la journée. Nous travaillons essentiellement avec des entreprises de la région. L’activité liée au secteur médical nécessite une technicité particulière et aussi de très bons contacts avec les prothésistes et autres spécialistes qui conçoivent les outils utilisés en chirurgie orthopédique …. Cette activité a été développée depuis de nombreuses années et OMG bénéficie d’une bonne image du fait de sa longue expérience.

A COMM T : on imagine effectivement que la maîtrise de la technicité et la connaissance du portefeuille clients, permettent d’avoir une bonne visibilité et de se projeter dans l’avenir. Cela aurait pu être le cas pour d’autres sociétés ? Avez vous envisagé d’autres éventualités ?
M. Renou, OMG : à vrai dire, non ; pour la simple raison que l’idée de reprise a fait son chemin doucement et qu’il a par contre toujours été clair qu’elle se ferait en bénéficiant de l’accompagnement de mon cédant. Je ne suis pas persuadé que j’aurais pris cette décision si je n’avais été sûr que pendant quelques mois, j’allais pouvoir dialoguer, échanger avec une personne de confiance. C’était important pour moi, d’un point de vue humain mais aussi sur le plan opérationnel. Mon cédant a la mémoire de l’entreprise. Il l’a créée et comme vous le savez, la maîtrise d’un historique client ou d’une fabrication est on ne peut plus précieux.
A COMM T : on trouve dans vos explications, l’empreinte de l’esprit du compagnonnage. Tous les repreneurs de sociétés n’ont pourtant pas ce cursus. Quels sont les conseils que vous auriez envie de leur donner ?
M. Renou, OMG : en dehors d’une bonne analyse de la santé de l’entreprise, si c’est possible pour le cédant et le repreneur, je pense sincèrement qu’ils doivent favoriser une transition en douceur et faciliter l’intervention du cédant en tant que conseil dans l’entreprise. Les clients sont rassurés, les banques aussi, le dialogue permet de diminuer les moments de stress et de débloquer des situations, où, seul, on aurait tendance à se noyer. Enfin, il est possible de bénéficier d’effets de complémentarité.
A COMMT : vous semblez parfaitement suivre les traces de votre cédant. Pourtant, votre age ou votre vécu vous amènent certainement à apporter des modifications dans la gestion de l’entreprise ?
M. Renou, OMG : c’est sur le plan des moyens informatiques et de l’organisation que ma génération diverge le plus de la précédente. J’essaie de prendre du recul pour mettre en place des outils de suivi de fabrication. Cela ne m’empêche pas sur ce point aussi de demander son avis à mon cédant. D’un point de vue commercial, je porte également une grande attention à bien répartir le poids du chiffre d’affaires réalisé avec chaque client. Enfin, je cherche à favoriser le travail en relation avec d’autres entreprises de la région, dont l’activité est complémentaire à la mienne.
La mécanique générale n’a pas bonne presse aujourd’hui, mais les faits le démontrent, une grande flexibilité et la mise en avant d’une offre de service sont des atouts qui permettent de se démarquer. Les carnets de commande remplis des mois à l’avance, font parties de l’histoire ancienne. Il faut savoir vivre avec et s’organiser en fonction de l’évolution des méthodes de travail de nos clients.
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